Live: US Midterms 2026 →
← Breaking News Feed

Politics · 10 Oct 2026

Kabila rompt le silence alors que la crise autour de la limitation des mandats s'intensifie au Congo

Kabila rompt le silence alors que la crise autour de la limitation des mandats s'intensifie au Congo — picture 1
Kabila rompt le silence alors que la crise autour de la limitation des mandats s'intensifie au Congo — picture 2
Kabila rompt le silence alors que la crise autour de la limitation des mandats s'intensifie au Congo — picture 3

The Outsider's take

The Outsider, Analyse / 10 octobre 2026. French version of the article titled; “Kabila Breaks Silence as Congo's Term-Limit Crisis Intensifies”

Joseph Kabila, l'ancien président condamné à mort par contumace l'an dernier, a prononcé le 9 octobre un nouveau discours enflammé par l'intermédiaire de sa plateforme politique, Reconstruire RDC. Il accuse le gouvernement du président Félix Tshisekedi de sombrer dans l'autoritarisme et avertit que le Congo est au bord de l'effondrement. Cette allocution spectaculaire intervient à un moment critique : le pays reste divisé sur un projet de révision constitutionnelle, tout en faisant face à une guerre brutale dans l'est, à une épidémie meurtrière d'Ebola et à une corruption profondément enracinée.

Ce qu'a dit Kabila

Kabila affirme que les propositions formulées dans son discours de 2025 ont été totalement ignorées. Il accuse le gouvernement d'attiser la violence en prolongeant la guerre, de collaborer avec des groupes armés et d'empêcher tout véritable dialogue national. Il dresse un tableau sombre de la corruption, des arrestations arbitraires et d'une dette publique colossale, supérieure à 18 milliards de dollars.

Ses propos au sujet de Tshisekedi sont particulièrement durs. Kabila déclare que le pays ne fonctionne plus comme une république, encore moins comme une véritable démocratie, et décrit le président comme une « réincarnation d'Ivan le Terrible », l'accusant de traiter le Congo comme sa propriété personnelle et son peuple comme des sujets à taxer et à exploiter. Il promet de dévoiler sa vision du changement dans les semaines à venir.

L'affrontement constitutionnel

La Constitution de la République démocratique du Congo limite les présidents à deux mandats de cinq ans. Tshisekedi a été élu en décembre 2018 et réélu en 2023, son second mandat s'achevant en 2028. Il a récemment laissé entendre qu'il pourrait se représenter si le peuple le souhaitait. Entre-temps, le Parlement a adopté en juin un projet de loi susceptible de permettre des modifications constitutionnelles par référendum.

Les détracteurs du pouvoir, menés par la Coalition Article 64, dont font partie Martin Fayulu et Moïse Katumbi, soutiennent que ces démarches visent à supprimer la limitation des mandats. Ils soulignent l'enchaînement des événements : les déclarations de Tshisekedi, la loi référendaire et le soutien de la coalition au pouvoir à des amendements qui pourraient prolonger son règne. Malgré sa « victoire écrasante » de 2023, l'opposition reste très active, et le gouvernement n'a pas encore précisé quelles modifications sont envisagées. Il affirme que le référendum n'est qu'un moyen pour le peuple de s'exprimer.

Manifestations et réactions du gouvernement

Le 12 juin, les forces de sécurité ont dispersé violemment un sit-in devant le Parlement. Des témoignages font état de gaz lacrymogènes, de munitions réelles et de coups de feu ; l'opposant Delly Sesanga aurait été blessé par balle à la jambe. Le gouvernement a refusé de commenter l'usage de balles réelles.

Le 15 septembre, la coalition a organisé des marches dans plusieurs villes. À Lubumbashi et à Likasi, les autorités ont arrêté plus de 30 manifestants, un chiffre que des sources de l'opposition situent plutôt autour de 80. Tragiquement, un agent de sécurité chargé de la protection de l'opposant Prince Epenge est mort dans un hôpital de Kinshasa. La police a démenti les informations faisant état d'arrestations lors de manifestations pacifiques, tandis que Fayulu a accusé les forces de l'ordre de protéger des groupes de jeunes favorables au pouvoir. Des affrontements entre partisans de l'opposition et du gouvernement ont éclaté à Kinshasa.

L'appel au dialogue national

Auparavant, Tshisekedi avait annoncé un dialogue national réunissant des groupes d'opposition, la société civile et des chefs religieux, mais excluant des rebelles tels que le M23. Des détracteurs au sein de la Coalition Article 64 y ont vu une manœuvre visant à consolider son pouvoir. Il est important de noter que le projet de dialogue excluait l'ancien président Joseph Kabila et son parti, le PPRD.

La lutte contre la corruption

La corruption demeure au cœur des maux du Congo. Tshisekedi avait promis de démanteler le système corrompu dès son arrivée au pouvoir. Le classement de Transparency International montre peu de progrès : l'indice est passé de 18 en 2019 à 20 en 2023, ce qui indique que la perception de la corruption reste obstinément élevée.

Concernant la dette nationale, les estimations varient. Les chiffres avancés dans l'allocution de Kabila ne peuvent être vérifiés de manière indépendante. D'après des évaluations antérieures, la dette atteignait près de 10 milliards de dollars en 2022, due principalement à des créanciers extérieurs et destinée à financer des infrastructures et des entreprises publiques. Les données du FMI laissent penser que la dette reste maîtrisable, à environ 20 % du PIB en 2025, même si les chiffres réels demeurent incertains.

L'accord sur les minerais avec les États-Unis suscite la controverse

Kabila conteste également le partenariat stratégique signé avec Washington en décembre 2025, dans le contexte de pourparlers de paix impliquant le Rwanda. L'accord offre aux États-Unis un accès accru aux minerais critiques du Congo en échange d'investissements et d'une coopération en matière de sécurité. Kabila reproche au gouvernement de croire que cet accord garantit un soutien américain inconditionnel. Lui qui a dirigé le pays pendant 18 ans et collaboré avec plusieurs administrations américaines estime que de tels accords se concluent entre États, et que brader les minerais du Congo risque de sacrifier l'indépendance de la nation. Même s'il ne réclame pas l'annulation de l'accord, ses détracteurs craignent qu'il ne favorise fortement les intérêts américains.

L'accord fait l'objet de recours juridiques et d'une forte opposition. Des organisations de défense des droits humains et des avocats soutiennent qu'il est inconstitutionnel et que ses termes avantagent largement les États-Unis, tout en apportant peu de bénéfices concrets au Congo. Le gouvernement affirme qu'il respecte le cadre constitutionnel et met en avant ses efforts continus de diversification des partenariats internationaux.

Une crise plus large

Le conflit dans l'est continue de déstabiliser la région. Le groupe rebelle M23 contrôle de vastes pans du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les villes clés de Goma et de Bukavu, qui restent coupées des voies d'acheminement de l'aide. Le Rwanda nie soutenir les rebelles, mais des experts de l'ONU affirment le contraire. Parallèlement, une épidémie meurtrière d'Ebola, causée par la souche Bundibugyo, a dépassé les 5 000 cas et a conduit l'OMS à déclarer une urgence internationale, ce qui complique les opérations de secours dans un contexte de violences persistantes.

Le dossier contre Kabila

En septembre 2025, un tribunal militaire de Kinshasa a condamné Kabila à mort par contumace pour trahison et crimes contre l'humanité, des chefs d'accusation liés à un soutien présumé au M23. Kabila, qui nie ces accusations, considère les tribunaux comme des instruments politiques. Tshisekedi l'a accusé de soutenir les rebelles, et les autorités ont entrepris de suspendre son parti et de saisir ses biens. De nombreux observateurs y voient une tentative de neutraliser son influence et d'empêcher la formation d'une opposition unie.

L'héritage de Kabila

Joseph Kabila a dirigé le Congo de 2001 à 2019. Lorsqu'il a pris ses fonctions en janvier 2001, après l'assassinat de son père, il a hérité d'un pays déchiré par la Deuxième Guerre du Congo, divisé entre des zones gouvernementales et des zones rebelles soutenues par l'étranger, avec des millions de morts et une économie en ruine. Malgré sa jeunesse et son expérience limitée, il a rouvert le dialogue avec les pays voisins et les groupes rebelles, obtenant les accords de 2002 qui ont conduit au retrait des troupes étrangères. Cela a ouvert la voie à un gouvernement de partage du pouvoir en 2003, à une nouvelle Constitution et aux élections de 2006, premier scrutin multipartite depuis plus de quatre décennies. Il a également rétabli les liens avec les bailleurs de fonds internationaux et signé, en 2007-2008, l'accord « infrastructures contre minerais » avec la Chine. En 2010, sous le Premier ministre Adolphe Muzito et avec le ministre des Finances Augustin Matata Ponyo à la tête des négociations avec le FMI et la Banque mondiale, le pays a obtenu l'annulation d'environ 12 milliards de dollars de dette extérieure. Matata Ponyo est ensuite devenu Premier ministre (2012-2016) et a supervisé une période de stabilisation macroéconomique, marquée par une baisse de l'inflation et une forte croissance. Son héritage reste toutefois contesté : le conflit s'est poursuivi dans l'est, la corruption a perduré, et son maintien au pouvoir après 2016 a provoqué des manifestations meurtrières. En janvier 2019, il a finalement transmis le pouvoir à Félix Tshisekedi, marquant la première transition pacifique du pouvoir dans l'histoire du pays depuis l'indépendance en 1960. Plus récemment, en mai 2025, il est apparu dans une zone contrôlée par le M23, où il a rencontré des chefs religieux dans un contexte de tensions persistantes.

À surveiller

Les prochaines semaines diront si la plateforme de Kabila se traduira par un programme concret et une véritable organisation. Il faudra observer la réaction du gouvernement, voir si le référendum aura lieu et si la coalition d'opposition restera unie.