Politics · 12 Oct 2026
Joseph Kabila, L'ancien président de la RDC dirige désormais un mouvement politico-militaire : le Front pour la refondation de la Nation (FRN)




The Outsider's take
Pendant 18 ans, il a dirigé la République démocratique du Congo. Aujourd'hui, Joseph Kabila est à la tête d'un mouvement dont le commandement compte un général d'armée.
The Outsider a confirmé, par ses propres sources, que Kabila dirige officiellement le Front pour la refondation de la Nation (FRN). À ses côtés figurent Bertrand Bisimwa (premier vice-président) et Corneille Nanga (deuxième vice-président), tous deux liés au M23/AFC, ainsi que le général Sultani Makenga, commandant militaire du M23, nommé chef d'état-major avec rang de vice-président. Freddy Kaniki est secrétaire général, Benjamin Mbonimpa secrétaire général adjoint, et Désiré Rukomera secrétaire permanent du collège des fondateurs. Kinshasa n'a pas encore réagi à cette annonce.
Comment en est-on arrivé là ?
Tout est allé très vite. En mai 2025, Kabila a appelé à un « pacte citoyen » pour refonder l'État. En octobre 2025, un conclave à Nairobi a créé le « Mouvement Sauvons la RDC », dont il a pris la présidence. Un tribunal militaire de Kinshasa l'a ensuite condamné à mort par contumace pour trahison et crimes de guerre, une décision qu'il rejette comme politique. Le gouvernement a balayé sa réunion de Nairobi, la qualifiant de « non-événement », et a accusé ses organisateurs de chercher à déstabiliser le pays.
Cette annonce marque une étape différente : une plateforme qui comprend désormais un commandement armé.
Pourquoi maintenant ?
Quatre lectures possibles :
La Constitution :
Les partisans de Kabila accusent le gouvernement de la violer et citent les efforts en faveur de sa révision. Les défenseurs d'une révision estiment que le texte doit être actualisé. Ses détracteurs craignent qu'elle ne prolonge le mandat du président. Kabila lui-même a fait l'objet d'accusations similaires en 2016.
Ethnicité et exclusion :
Des voix de l'opposition accusent le gouvernement de favoritisme et de tribalisme dans les nominations et dans le secteur de la sécurité, le M23 se présentant comme une réponse à la marginalisation des communautés rwandophones. Le gouvernement le conteste et affirme que les arguments ethniques sont instrumentalisés pour justifier des groupes soutenus de l'extérieur.
Un pays en guerre :
Le conflit à l'est, les déplacements de population et la faiblesse de l'autorité de l'État forment la toile de fond. Les partisans de Kabila y voient l'échec du gouvernement, tandis que celui-ci invoque l'ingérence étrangère et affirme que les liens de Kabila avec le M23 profitent à l'agresseur.
La survie :
Les sceptiques estiment qu'avec une condamnation à mort au-dessus de la tête, une alliance armée est pour Kabila le seul chemin de retour au pouvoir ou de mise en sécurité. Ses partisans y voient un règlement de comptes politique.
Chaque camp interprète ses motivations selon ses propres intérêts. Il convient de les considérer avec prudence.
L'histoire observe
En 1996, le père de Kabila, Laurent-Désiré, a mené la rébellion de l'AFDL qui a renversé Mobutu en 1997, avec un soutien rwandais et ougandais important. L'alliance s'est fracturée en moins d'un an, ce qui a mené à la Seconde Guerre du Congo, qui a fait des millions de morts.
Certains y voient un écho de l'histoire. D'autres estiment que les acteurs et le contexte ont changé : Joseph Kabila est un ancien chef de l'État, et non un acteur extérieur au pouvoir face à un dictateur en place de longue date ; nous nous souvenons tous qu'il a pris la ville de Kisangani au régime de Mobutu. L'histoire offre un point de repère, pas une prophétie.
La situation au Katanga
Il y a ensuite le Katanga, le cœur cuprifère et cobaltifère qui alimente les batteries du monde entier. Il est largement perçu comme le fief de Kabila, et son père est associé à l'identité katangaise. Il est toutefois difficile de mesurer sa popularité sans sondages crédibles, d'autant que l'ancienne province a été divisée en 2015 et que des rivaux comme Moïse Katumbi se disputent les loyautés. La sécession du Katanga en 1960 rend en outre de nombreux Congolais méfiants face à tout ce qui ressemble à une menace pour l'unité nationale.
Que le FRN cherche à mobiliser cette base, et la manière dont Kinshasa réagira, pourrait déterminer jusqu'où ira le mouvement.
À surveiller :
• Le FRN remplace-t-il le mouvement de Nairobi, l'absorbe-t-il ou coexiste-t-il avec lui ?
• Dispose-t-il d'un véritable programme, avec une transition, des élections et des garanties constitutionnelles ?
• Participera-t-il au dialogue inclusif promu par les Églises (CENCO et ECC) ?
• Comment Kinshasa, l'Union africaine et les partenaires internationaux réagiront-ils ?
Pourquoi c'est important
Un ancien président, un mouvement armé et une plateforme qui prétend représenter la nation se rejoignent sur les questions les plus sensibles de la RDC : la légitimité, la sécurité et la souveraineté. Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur les acteurs, l'issue influencera la trajectoire du pays et la sécurité de millions de personnes.
The Outsider continuera de suivre la situation et la mettra à jour au fur et à mesure que de nouveaux éléments seront confirmés.
